TRIBULATION N°24 - Mai 2004

Europe, quand tu nous tiens…

A votre place, j’aurais honte. Si, si. Parce que bon, ne tournons pas autour du pot : à l’heure de l’Union et de son élargissement, tout le monde s’en fout de l’Europe et de ses formes de plus en plus épanouies. Mais que voulez-vous, mon passionnant métier étant ce qu’il est, il a bien fallu que je m’y colle. Ma mission, décidée plus qu’arbitrairement par Monsieur chef était la suivante : « Tu prends ton billet pour un des pays membres, et tu te dém… comme tu veux, mais tu me trouves un truc top, un peu chaud, je te fais confiance pour ça. Tu mises tout sur l’Europe glamour. Courage cocotte !».

Cocotte, ayant un loyer à payer et pas de mec pour le faire à sa place, a donc pris son nécessaire de voyage sous le bras, et s’est pointée à l’aéroport international de Brest-Guipavas la bouche en cœur. Le problème, c’est que quand on veut aller en Pologne, en République Tchèque ou dans un pays un peu exotique du même genre depuis le bout du monde… On s’achète un vélo, ou on va ailleurs, aucun vol au départ de Brest ne correspondant à votre requête, selon la formule consacrée.

Nos voisins britanniques ne sont pas

Des mauvais coucheurs

Connaissant mes capacités sportives, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que j’ai opté pour la seconde solution, et me suis en conséquence envolée vers Londres. Je sais, ces braves gens font partie de l’Europe depuis un petit moment. Mais en même temps, ils n’ont toujours pas l’euro (et ils n’ont pas tort), ils continuent de rouler dans le mauvais sens, et ils sont quand même un petit peu bizarres… Bref, tout ce qu’il me fallait !

Sur place, j’en ai eu plus que pour le budget gracieusement alloué par mon chef. Car il me faut ici remettre les pendules à l’heure. Nos voisins d’Outre-Manche ne sont pas du tout, mais alors du tout, fidèles à leur réputation de mauvais coucheurs. En tout cas, pas avec une jeune femme aux rondeurs affichées, baragouinant un chouïa d’anglais, et toujours prête à aller découvrir de nouveaux horizons, d’un pub à l’autre. Et plus si affinités.

Ayant dès le premier soir lié connaissance avec un affable gentleman au pub du coin de mon hôtel, j’ai de ce fait hérité d’un guide à l’œil pour le week-end. L’homme étant plutôt du genre dandy, nous avons ensemble écumé les bars et boîtes branchés du moment, en alternant tout de même avec les boutiques les plus hypes de la ville. Et y’a de quoi faire. Je vous passe les détails, mon salaire des six prochains mois désintégré, mes velléités de reportage balayées, mes promesses de régime envolées sous le poids des fish and chips arrosés à la bière… Le retour sur le tarmac finistérien avait toutes les chances de se terminer en la plus mémorable des gueules de bois.

Cerise sur le pudding

Et pourtant, rien de rien, je ne regrette rien. Car, grâce à mes liens désormais plutôt intimes avec le gentleman susnommé, j’ai finalement gagné sur tous les tableaux. Le papier sur le cosmopolitisme londonien, nous l’avons écrit à quatre mains, en dégustant un sympathique breakfast sous sa couette. Monsieur chef a a-do-ré, me gratifiant du même coup d’une augmentation inespérée. Enfin, cerise sur le pudding, je peux à cette heure me targuer de faire partie des pionniers du peuple européen. Je vous rassure, nous n’avons pas mis en route un mouflet franco-britannique (enfin j’espère). Par contre, dans l’avion du retour, j’ai rencontré un charmant steward aux origines polonaises… Je crois bien que le coup de la chronique européenne va finalement beaucoup me plaire…   

 

               Soaz