TRIBULATION N°20 - Janvier 2004 Une résolution, ça se tient Bonne année et bonnes résolutions à toutes et à tous. Je sais ce que vous pensez : non mais ça va pas non ? Les bonnes résolutions, c’est comme l’arrêt de la clope ou le début d’un régime. On s’accroche deux semaines et pffff… Et c’est justement là que vous vous trompez. Vous pouvez me faire confiance. En passant de 2003 à 2004, j’ai eu la révélation suprême, une sorte de flash, quoi. Et la vision m’a soufflé que cette année serait la bonne. Comme je suis généreuse de nature, je me suis dit que j’allais vous en faire profiter. Glauque Je resitue le contexte. Après une année 2003 passablement morose, à regarder tomber des bombes à la télé, voir des flics fleurir à tous les carrefours et constater que ma balance ne voulait rien entendre pour passer du côté positif de la force, j’étais, à la veille du réveillon, dans un état d’esprit que je vous laisse imaginer. Pour ceux qui n’ont pas d’imagination, ça donne en résumé : pyjama Betty Boop en soirée, jean fadasse en journée, œil torve 24h/24. L’époque des rétros de l’année n’a pas aidé à me remonter le moral. Parce que forcément, je me suis adonnée au terrible exercice du bilan perso. Et forcément, j’ai pété tous les scores : 12 mecs en 12 mois, sans compter les passades d’un soir, un demi-kilo supplémentaire par rupture, autant de tentatives avortées de sevrage tabagique, quatre inscriptions au couvent, et un compte en banque qui a depuis longtemps déclaré forfait rien qu’à imaginer la période des soldes. Vision prémonitoire C’est donc dans ces dispositions que je me préparais à aller trinquer à le nouvelle année chez mes potes. D’une humeur de dogue, je suis arrivée toute de noire vêtue, histoire de mettre les choses au clair dès le départ : « Ce soir, faut pas compter sur moi pour animer la soirée ». Six coupettes, deux bouteilles de rouge et quatre digeos plus tard, je dansais sur la table avec un inconnu notoire, vague pote de boulot de ma copine Soso. Le flash est venu au moment même où il m’a embrassée. Ou plutôt à l’instant où nos deux corps de demi-dieux se sont lamentablement vautrés par terre. Avant de m’évanouir, j’ai vu ma vie de 2004 défiler. Un film tout rose, fait d’amour, pas que d’eau fraîche, et de beaucoup, beaucoup de balades en amoureux, de soirées au champagne. Dans le scénario, j’avais 8 kilos en moins, la démarche musclée d’une fille saine et sportive, le regard glorieux de la femme comblée. Qui c’est qu’avait raison ??? Quand je me suis réveillée, dans le vrai 2004, j’avais toujours mes kilos, une mine épouvantable, et une infirmière qui me changeait ma perfusion. « Coma éthylique », m’a-t-elle glissé d’un air bougon. Elle aurait pu rajouter une jambe cassée, une gueule de bois, et un bon pour 15 jours d’hosto. N’empêche : clouée au lit que je suis, je ne bouffe plus rien, et mes bourrelets fondent à vue d’œil. Comme je ne peux pas bouger, pas de clopes, pas de virée soldes. D’où des finances qui vont se refaire une santé. Et l’amour dans tout ça ? Il dort à cette heure paisiblement à mes côtés, le bras dans le plâtre et un gros pansement sur la tête. Qui c’est qui a dit que les bonnes résolutions c’était de la foutaise ? Moi, en tout cas, je crois que je vais finir par y croire… Faut juste attendre que mon nouveau chéri se réveille de son coma… Allez bonne année, bonne santé, et promis juré, je vous invite à mes noces. Soaz |