TRIBULATION N°17 - Octobre 2003 Victime de la mode Telle que vous me lisez là, bien confortablement vautrés devant votre ordi, je ne suis rien moins qu’une victime de la mode. Littéralement. Ca s’est passé bêtement, alors même que je visais un entretien d’embauche pour un nouveau super job méga bien payé. Tout est parti de là. De cette perspective de quitter les affres du demandeur d’emploi cauchemardant sur les files glauquissimes des Assedic. De cette offre d’emploi a priori géniale, et, soyons francs, de cette voix assez langoureuse d’un potentiel futur boss à l’autre bout du fil. Commando shopping Rendez-vous pris, la panique est montée. Face à ma penderie, l’évidence s’est fait jour : JE N AI ABSOLUMENT RIEN A ME METTRE. Et même bien pire : rien de potable, de mettable, bref de « mode ». Mon instinct de survie a joué à plein : décrochage de téléphone, rameutage des copines bien branchées shopping et petit coup de fil à mon banquier pour lui expliquer la cause du prochain déficit abyssal de mon compte en banque… Inutile de préciser que j’ai pété les scores. Quand faut y aller, faut y aller. Toutes les boutiques les plus hype de Brest y sont passées. Tous mes principes de rigueur économique aussi. De même que tous mes complexes de trentenaire, boudinée dans un pseudo-treillis, porté sur talons de 20 centimètres, le tout rehaussé d’un (tout petit) haut léopard jouant sur les transparences… Le soir, qui se trouvait également être la veille du fameux entretien, ben on a fêté ça. Normal. Petits blancs en pagaille, olives et saucisson de pays pour la ligne… Et réveil dans les vapes. Déclinaison de serpillières Harnachée de ma tenue de super woman hyper active, je me suis néanmoins pointée à l’heure dite, au lieu convenu. Et là, là… Alors même que je m’avançais, splendide, resplendissante même, pour serrer la paluche de mon interlocuteur, je me suis vautrée sur le marbre de l’entrée. Mais ce qui s’appelle vautrée hein ! Dans ma chute, j’ai repéré du coin de l’œil le chariot de la femme de ménage qui s’enfuyait lâchement avec ses serpillières encore humides de Mir maousse efficace, et surtout maousse casse-gueule. Je lui ai réservé un chien de ma chienne. J’ai lancé un regard désespéré à mon futur ex-employeur. Diagnostic : un coccyx dans le sac, un treillis à 300 euros réduit à l’état de serpillière (non je ne fais pas un blocage sur les serpillières !), et des talons tout aussi ruineux en miettes. « C’est sûr qu’avec des talons comme ça, c’est pas très stable… », a tenté de me consoler l’interne des urgences… Depuis, je végète en pyj’ bien crade. Je lave ma cuisine avec mon treillis. Mais j’ai mis sous verre mes talons. Parce que bon, c’est quand même grâce à eux que l’actuel homme de ma vie, et ex futur boss me soigne les bobos du coccyx ! Ben oui, paraît qu’il aime les femmes fragiles, surtout quand elles se mettent à ses pieds. On n’a rien sans rien, c’est moi qui vous le dit !
Soaz |