TRIBULATION N°8 - Novembre 2002 Ça fait un bon mois que ça me travaille. Cette fois, je ne vais pas la rater. Parce qu'à force, la mère Sainte Catherine, elle commence à me gonfler sévère avec ses Catherinettes. Cinq ans que ça dure, mais là, elle va l'avoir dans le baba. Pas question de porter le chapeau une année de plus. Bientôt Alzheimer Plus facile à dire qu'à faire. Surtout quand on traîne derrière soi un passif de célibataire plus encline à déraper sur la moindre fiesta qu'à envisager de planifier les vacances en fonction de la belle‑famille. Sauf que là, y'en a marre. Vous avez jeté un oeil sur la rubrique des « Pourquoi » de ce mois‑ci ? Moi, ça m'a comme qui dirait refroidi les ardeurs de java. D'un coup, je me suis vue, d a n s dix ans vielle et ridée, la cerne indélébile, le moral dans la chaussettes, résignée à attendre qu’ Alzheimer vienne me cueillir dans mon rocking-chair. Pas gai, quoi. Pas question, donc. Mais pour rester jeune et belle, tout en tâtant le terrain d'une potentielle moitié, sans oublier de faire une croix sur les soirées de débauche, ben je vous le dis : y'a du boulot. Sept garçons sept filles… Ayant cependant un minimum de ressource, j'suis allée droit au but. En l'occurrence au coeur des fameuses blind date de Paname. Si, si, ces rendez‑vous clé en main, censés permettre aux pauvres petits trentenaires célibataires de trouver l'âme soeur. Y'a pas de honte, c'est pas pour moi, c'est pour le boulot Donc, me voici plantée devant la porte du café branchouille où le rendez‑vous était prévu, sapée comme jamais. C'était parti. Sept filles sept garçons et autant de possibilités que sur la table de multiplication. Les rayés de la liste au premier coup d'oeil en moins. Genre le costard‑cravateux de première, et son logo de l’ ENA imprimé dans le fond de l’œil vitreux. Ou l'archétype du bobo, qui se permet de te demander d'un air particulièrement niais si Soaz c'est un pseudo. Je t'en foutrais des pseudos... Sept minutes par tête de pipe, sept supplices par candidat, et je vous passe le détail des techniques, du gros macho au faux poète, jusqu'au pas beau, qu'est vraiment que pas beau.. Tout ça pour ça Deux heures plus tard, retour sur le quai de la gare. Dépitée. Tous les mêmes, quoi. Exit les supers sapes, vive le jean et les baskets pourries, les Haribos et le roman de gare, pour quatre heures de TGV Comme Très gros vague à l'âme. Je me suis réveillée à Rennes, trois minutes d'arrêt. En face de moi, y'avait un mec, ni moche ni beau. Juste avec un p'tit truc dans les yeux, un sien. On a papoté, l'air de rien, justement. Au terminus, comme on avait pas fini de tout se dire, on a continué. Au café, devant ma cafetière, sur le bord de l'oreiller. Ben ouais, tout ça pour ça. Quoi ? Un de plus ? Un de mieux oui ! Enfin, s’il me dure jusqu'au 25 novembre inclus. Après, faut voir… Soaz Tribulation tirée de Un Autre Finistère |