TRIBULATION N°7 - Octobre 2002

Mon boss m'a dit : « Ma fille, va, falloir que tu te rendes utile dans cette réda. Et pas qu'en faisant marrer tes potes d'ordi avec tes histoires de couette». Ouais. Ben le garçon n'a pas été déçu du voyage.

 J'ai testé pour vous

 Toute pleine de bonne volonté, j'ai donc zieuté le sommaire du numéro que vous tenez entre les mains, et décidé d' y faire ma place, à travers une rubrique inédite : le j'ai‑testé pour vous... Il aurait quand même pu me prévenir avant : tester l'eau de mon robinet, par exemple, je le fais souvent et ça ne me pose pas de problème particulier, sauf à l'heure de l'apéro. Mais là, entre les sectes et le cannabis, avouez que le choix était relativement réduit... Donc, après avoir potassé les dossiers des journaleux sur la question cannabique, je me suis lancée. Avant d'y aller, j'avais quand même révisé mon glossaire, effectué une pitoyable tentative de roulage de clope, et t ï salement décidé de m'en remettre à la sagesse des habitués.

 La totale

 Me voilà donc assise en tailleur sur le tapis du salon de mon pote Yvonnig, pre­nant l'air dégagé clé celle à qui on ne la fait pas. Refusant poliment de confectionner moi‑même le machin, mais toute disposée à y goûter, Ça, j'ai été servie, sans doute même un peu plus qu'à mon tour. Parce que, forcément, j'avais prévenu que je venais là en mission commandée, prête à toutes les expériences... Et comme les amis de mes amis sont mes amis, la petite troupe avait prévu les choses en grand. Du petit pétard qui m'a rappelé mes jeunes années, au bang « mais non, t'inquiète, ça va le faire», jusqu'au gâteau à l'herbe, ils m'ont fait la totale. 

Du vécu coco

 Et comme j'ai ma dignité, j'ai mis un point d'honneur à faire tout pareil que les autres, Même quand j'ai senti que le coussin, là sous mes fesses, commençait à bouger, genre canoë dans le triangle des Bermudes. Même quand mon voisin de droite s'est mis à me parler en sous‑titré. Même quand ma copine Sterenn a commencé à avoir des oiseaux à plumes fluo qui lui picoraient dans les cheveux. Même quand le médecin des urgences m'a demandé d'un air chagriné si je pouvais arrêter de prendre son stéthoscope pour un fouet... «Sujet de type mono neuronal uni directionnel. L'état n'est que passager Enfin, on espère», a t‑il conclu devant l'infirmière, avant que je ne leur vomisse dessus.

 N'empêche, si c'est pas du vécu ça, coco.., A la rédac, devant mes cernes bleuâtres et le récit palpitant que je leur avait concocté, y'en a eu plus d'un d'épaté. Une vraie leçon de journalisme, quoi... Mais c'est bizarre, mon papier, je ne l'ai pas vu dans le dossier. Un oubli, sûrement. En tout cas, maintenant que j'ai trouvé ma voie, mon patron a l'air bien décidé à mettre mon potentiel en valeur. Même qu'il m'a déjà trouvé mon prochain sujet

 « Ces trentenaires qui n'arrivent pas à grandir ». Je me demande bien pourquoi il m'a choisie là‑dessus... Le talent, sûrement.

 

Soaz  

Tribulation tirée de Un Autre Finistère